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Nicolas-Bernard Lépicié (Paris, 1735 - 1784)

Autoportrait

Demande d'informations

Verso: étude de draperie
Pierre noire et rehauts de craie blanche sur papier
Annoté « Van Loo » en bas à droite
29 x 30,5 cm

Il s'agit du dessin préparatoire pour le célèbre autoportrait de Bernard Lépicié conservé au musée Calouste-Gulbenkian de Lisbonne.

La qualité de ce beau portrait semble avoir intrigué de nombreux collectionneurs et amateurs depuis le XVIIIe siècle. Il a été successivement attribué à Carle van Loo, Charles Parrocel ou encore Jean-Marc Nattier. Il s’agit en fait d’un dessin préparatoire pour l'Autoportrait que Nicolas-Bernard Lépicié expose au Salon de 1777, conservé aujourd’hui au Musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne1 (Ill.1). L’on remarque par ailleurs la proximité stylistique avec d’autres œuvres de l’artiste comme par exemple le traitement des mains identique à celui de l’étude pour l’époux du tableau L'Union paisible présenté au Salon de 1777(Ill.2) ou encore à celui de l’Académie d'homme nu, les bras attachés par des cordes passé en vente en 2019 (Ill.3). 



Ill.1 Nicolas-Bernard Lépicié, Autoportrait, 1777, Huile sur toile, 91x71,5 cm, Lisbonne, Musée Gulbenkian, 2386

Ill. 2 Etude pour l’époux du tableau L'Union paisible de Nicolas-Bernard Lépicié (Détail). Pierre noire, rehauts de blanc et sanguine sur papier beige, 241 x 226 mm, département des arts graphiques du musée du Louvre.

Ill.3 Académie d'homme nu, les bras attachés par des cordes de Nicolas-Bernard Lépicié (Détail). Pierre noire, craie blanche, estompe, sur papier gris, 544 x 373 mm ; Christie’s, Paris, vente du 27 mars 2019, lot 92

La vie et la carrière de Lépicié nous sont connus grâce à la monographie que lui a consacré Philippe Gaston-Dreyfus en 19232. L’artiste se dessine ici âgé d’une quarantaine d’années, il est alors un peintre du roi célèbre et respecté. Il est agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture depuis 1764, il a été reçu comme membre en 1769 avec son tableau Achille et le Centaure3. Il est nommé professeur adjoint au début des années 1770 et devient professeur titulaire en 1777. Il vit et travaille aux galeries du Louvre où il dirige un atelier. Parmi ses nombreux élèves, on compte Carle Vernet, Jean-Baptiste Regnault, Henri-Pierre Danloux ou encore Jean-Joseph Taillasson. C’est vers cet âge qu’inspiré par Chardin, Greuze et les maîtres flamands comme Teniers, il se tourne vers la représentation des scènes de la vie quotidienne. Cette nouvelle orientation fait de lui l'un des peintres les plus en vogue de son époque. Il présente, par exemple, l’un de ses chefs d’œuvre au Salon de 1775, L'Intérieur d'une douane, conservé aujourd’hui au Musée national Thyssen-Bornemisza à Madrid4. Atteint d'une maladie de poitrine, il a malheureusement une santé fragile et meurt prématurément avant ses cinquante ans. Notre dessin avec son cadrage plus large que le tableau de Lisbonne permet à Lépicié de se représenter en action, un carton sur les genoux, en train de dessiner en regardant son modèle, dans l’attitude dynamique de l'acte créatif. Il est particulièrement émouvant de penser que cet homme décrit comme doux, modeste et aimé de ses amis, a peut-être fait le choix de se représenter avec cette vigueur pour masquer sa constitution fragile. 

Ce dessin a été découvert par Jacques Petithory, le généreux donateur du Musée Bonnat Helleu à Bayonne, qui, excellent marchand d'art, doté d'un œil et d'un savoir reconnus, l’avait attribué à Charles Parrocel. Figure incontournable du marché de l'art à Paris, Londres et New York, Petithory avait la réputation d'être un « chineur de génie 5» . Il était surtout collectionneur, il aimait ses œuvres et exerçait le métier d'antiquaire « à contre-cœur », il vendait par nécessité, car « pour acheter, il fallait vendre 6». Pour décourager les clients d'acquérir les œuvres auxquelles il tenait le plus, il n'hésitait pas à demander des prix exorbitants7. Pourtant son stand au marché Biron, aux Puces de Saint-Ouen, était très fréquenté, s’y croisaient des grands couturiers, des écrivains, d'illustres collectionneurs et des conservateurs de musées. Il a d’ailleurs vendu à de nombreuses institutions comme le Metropolitan Museum of Art ou le Getty. Nul doute qu’il eut du mal à se séparer de ce beau dessin qu’il publia en couverture d’un de ses catalogues. Il a d’ailleurs sûrement maudit l'acquéreur, comme cela lui arrivait souvent, car il considérait qu’il n'accorderait jamais à l’œuvre la même vénération que lui8

1. Inv. 2386.

2. P. Gaston Dreyfus, Nicolas Bernard Lépicié (1735 – 1784), Paris, 1923

3. Huile sur toile, 142 x 195 cm, Musée des Beaux-Arts de Troyes, inv. D.896.1

4. Huile sur toile, 98 x 164 cm, inv. 219

5. Vincent Ducourau, « Introduction » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 26.

6. Pierre Rosenberg, « Jacques Petithory « brocanteur » » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 14.

7. Pierre Rosenberg, « Jacques Petithory « brocanteur » » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 17

8. Alvar González-Palacios, « L'écorché vif » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 23

Demande d'informations à propos de Nicolas-Bernard Lépicié (Paris, 1735 - 1784) Autoportrait

 

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La qualité de ce beau portrait semble avoir intrigué de nombreux collectionneurs et amateurs depuis le XVIIIe siècle. Il a été successivement attribué à Carle van Loo, Charles Parrocel ou encore Jean-Marc Nattier. Il s’agit en fait d’un dessin préparatoire pour l'Autoportrait que Nicolas-Bernard Lépicié expose au Salon de 1777, conservé aujourd’hui au Musée Calouste Gulbenkian à Lisbonne1 (Ill.1). L’on remarque par ailleurs la proximité stylistique avec d’autres œuvres de l’artiste comme par exemple le traitement des mains identique à celui de l’étude pour l’époux du tableau L'Union paisible présenté au Salon de 1777(Ill.2) ou encore à celui de l’Académie d'homme nu, les bras attachés par des cordes passé en vente en 2019 (Ill.3). 



Ill.1 Nicolas-Bernard Lépicié, Autoportrait, 1777, Huile sur toile, 91x71,5 cm, Lisbonne, Musée Gulbenkian, 2386

Ill. 2 Etude pour l’époux du tableau L'Union paisible de Nicolas-Bernard Lépicié (Détail). Pierre noire, rehauts de blanc et sanguine sur papier beige, 241 x 226 mm, département des arts graphiques du musée du Louvre.

Ill.3 Académie d'homme nu, les bras attachés par des cordes de Nicolas-Bernard Lépicié (Détail). Pierre noire, craie blanche, estompe, sur papier gris, 544 x 373 mm ; Christie’s, Paris, vente du 27 mars 2019, lot 92

La vie et la carrière de Lépicié nous sont connus grâce à la monographie que lui a consacré Philippe Gaston-Dreyfus en 19232. L’artiste se dessine ici âgé d’une quarantaine d’années, il est alors un peintre du roi célèbre et respecté. Il est agréé par l'Académie royale de peinture et de sculpture depuis 1764, il a été reçu comme membre en 1769 avec son tableau Achille et le Centaure3. Il est nommé professeur adjoint au début des années 1770 et devient professeur titulaire en 1777. Il vit et travaille aux galeries du Louvre où il dirige un atelier. Parmi ses nombreux élèves, on compte Carle Vernet, Jean-Baptiste Regnault, Henri-Pierre Danloux ou encore Jean-Joseph Taillasson. C’est vers cet âge qu’inspiré par Chardin, Greuze et les maîtres flamands comme Teniers, il se tourne vers la représentation des scènes de la vie quotidienne. Cette nouvelle orientation fait de lui l'un des peintres les plus en vogue de son époque. Il présente, par exemple, l’un de ses chefs d’œuvre au Salon de 1775, L'Intérieur d'une douane, conservé aujourd’hui au Musée national Thyssen-Bornemisza à Madrid4. Atteint d'une maladie de poitrine, il a malheureusement une santé fragile et meurt prématurément avant ses cinquante ans. Notre dessin avec son cadrage plus large que le tableau de Lisbonne permet à Lépicié de se représenter en action, un carton sur les genoux, en train de dessiner en regardant son modèle, dans l’attitude dynamique de l'acte créatif. Il est particulièrement émouvant de penser que cet homme décrit comme doux, modeste et aimé de ses amis, a peut-être fait le choix de se représenter avec cette vigueur pour masquer sa constitution fragile. 

Ce dessin a été découvert par Jacques Petithory, le généreux donateur du Musée Bonnat Helleu à Bayonne, qui, excellent marchand d'art, doté d'un œil et d'un savoir reconnus, l’avait attribué à Charles Parrocel. Figure incontournable du marché de l'art à Paris, Londres et New York, Petithory avait la réputation d'être un « chineur de génie 5» . Il était surtout collectionneur, il aimait ses œuvres et exerçait le métier d'antiquaire « à contre-cœur », il vendait par nécessité, car « pour acheter, il fallait vendre 6». Pour décourager les clients d'acquérir les œuvres auxquelles il tenait le plus, il n'hésitait pas à demander des prix exorbitants7. Pourtant son stand au marché Biron, aux Puces de Saint-Ouen, était très fréquenté, s’y croisaient des grands couturiers, des écrivains, d'illustres collectionneurs et des conservateurs de musées. Il a d’ailleurs vendu à de nombreuses institutions comme le Metropolitan Museum of Art ou le Getty. Nul doute qu’il eut du mal à se séparer de ce beau dessin qu’il publia en couverture d’un de ses catalogues. Il a d’ailleurs sûrement maudit l'acquéreur, comme cela lui arrivait souvent, car il considérait qu’il n'accorderait jamais à l’œuvre la même vénération que lui8

1. Inv. 2386.

2. P. Gaston Dreyfus, Nicolas Bernard Lépicié (1735 – 1784), Paris, 1923

3. Huile sur toile, 142 x 195 cm, Musée des Beaux-Arts de Troyes, inv. D.896.1

4. Huile sur toile, 98 x 164 cm, inv. 219

5. Vincent Ducourau, « Introduction » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 26.

6. Pierre Rosenberg, « Jacques Petithory « brocanteur » » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 14.

7. Pierre Rosenberg, « Jacques Petithory « brocanteur » » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 17

8. Alvar González-Palacios, « L'écorché vif » dans La donation Jacques Petithory au musée Bonnat, Bayonne, cat. exp. Paris, Musée du Luxembourg, 1997-1998, p. 23

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