
| Encre brune et lavis, rehauts de gouache |
| 20 x 15,5 cm |
Jean-Michel Moreau (Paris, 1741-1814)
Les Adieux est une charmante scène galante dont Jean-Michel Moreau dit Moreau Le jeune s’était fait le spécialiste.
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Ce dessin a été gravé par Robert de Launay le Jeune en 1777. La gravure s’inscrit dans une suite intitulée Estampes pour servir à l'histoire des mœurs et du costume des François dans le dix-huitième siècle connue plus tard sous le nom de Monument du costume. On pouvait lire dans le discours préliminaire de cette suite : « On s’est appliqué à rendre avec beaucoup plus d’exactitude et d’après nature les personnages célèbres (…), en même temps que les habits et ameublements à la mode pendant le cours des années 1775 et 1776 »1. Ce dessin est à la fois un parfait exemple du talent de Moreau Le Jeune et un témoignage précieux de la mode et des mœurs de la haute société de la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
La gravure illustrait un épisode précis d’une fiction, la vie de Céphise, une jeune épouse vertueuse mais délaissée, la composition de cette charmante scène à la porte d'une loge d'Opéra est centrée sur la figure de la jeune femme vêtue d'une imposante et élégante robe à paniers. La gravure était accompagnée de la légende :
« Au larcin de l'amour Céphise en vain s'oppose ;
Il dérobe un baiser charmant.
Pour Céphise c’est peu de chose,
Et c’est beaucoup pour son amant. »
L’habile composition de Moreau montre cette femme physiquement et métaphoriquement tiraillée entre son mari qui lui tient la main pour l'inciter à entrer dans la loge et son jeune amant qui se penche pour lui baiser l'autre main. Elle regarde son admirateur, contrairement à son mari et l’ouvreuse qui se tournent vers la salle de spectacle. La suite de gravures est republiée en 1789 avec un nouveau texte de Restif de la Bretonne qui modifie les personnages et l’histoire mais ce qui importe est ailleurs : le jeu intelligent d'ombres et de lumières et le choix des poses servent surtout à faire briller la spectaculaire robe de la jeune femme. La gravure était d’ailleurs décrite par les frères Goncourt comme une « planche coquette et magnifique, que remplit la splendeur de cette femme et l'opulence ballonnante de cette toilette »2.
Lorsqu’il réalise ce dessin Moreau est parfaitement intégré dans la bonne société parisienne. Il n'est plus le jeune artiste des années 1760 qui gravait des planches techniques pour l'Encyclopédie pour survivre. Il occupe un poste officiel à la Cour, il a succédé à Charles-Nicolas Cochin depuis 1770 comme Dessinateur des Menus Plaisirs du roi. Il a la charge prestigieuse d'immortaliser les fêtes et divertissements de la cour ce qui lui donne une connaissance approfondie de la mode et des mœurs de la haute société de son temps. C’est d’ailleurs grâce à cette position que le financier Jean-Henri Eberts fait appel à lui pour remplacer le dessinateur suisse Freudeberg et réaliser la Seconde suite d'estampes pour servir à l'histoire des modes et du costume dont fait partie Les Adieux. Quelques années plus tard, en 1781, Moreau sera nommé dessinateur et graveur du Cabinet du roi et sera agréé puis reçu à l'Académie royale de peinture et de sculpture.
Moreau tirait un grand profit de son art et pouvait réaliser plusieurs versions ou variantes d'un même dessin. Bien qu'il bénéficie d’un poste officiel à partir de 1770, les revenus de Moreau reposaient essentiellement sur l'illustration de luxe et l'édition de suites de gravures. Ses dessins, généralement très aboutis, étaient conçus pour servir de modèles aux graveurs mais ils étaient aussi considérés comme des œuvres à part entière et étaient très recherchés. Il était courant pour Moreau de réaliser plusieurs versions d'une même composition. Cela pouvait prendre la forme d'études très poussées, de variantes ou de répétitions d'un sujet à succès. On connaît par exemple deux versions du Lever, l'une conservée au Petit Palais à Paris et une autre conservée autrefois dans la collection Edmond Rothschild4, ou encore La Petite Loge dont un dessin d'ensemble au lavis brun est conservé à au manoir de Waddesdon5 et une belle étude très poussée aux trois crayons pour la jeune femme, conservée à la National Gallery de Washington6. Il existe également plusieurs versions de ce dessin dont une est conservée au manoir de Waddesdon7 de la Fondation Rothschild et une autre dans la collection Horvitz. Une esquisse au dos du dessin de Waddesdon révèle que Moreau le Jeune avait initialement envisagé d'intégrer davantage de personnages avant de se concentrer sur cette scène plus resserrée et intime.
1. M.J.F. Mahérault, L’œuvre de Moreau Le Jeune, Paris, 1880, p. 386, n°358-22.
2. Edmond et Jules de Goncourt, L'art du dix-huitième siècle, Paris, 1874, II, p . 176-177.
3. inv. PPD2065
4. Louis Antoine Prat, Le dessin au XVIIIe siècle, Paris, 2017, p. 457
5. Inv. 203.2003
6. Inv. 1942.9.1202
7. Inv. 200.2003
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